TRESOR. Des élus régionaux s’inquiètent de potentiels forages sur la commune de Tréguennec, dans le Finistère, où une réserve de 66.000 tonnes de lithium serait enfouie

Très recherché pour la conception des batteries notamment dans l’automobile, le lithium a vu sa demande et son prix exploser cette année.
Pour ne pas être dépendant de pays étrangers, la France souhaite extraire son or blanc et recherche des gisements.
A Tréguennec, dans le Finistère, 66.000 tonnes de lithium seraient enfouies dans une zone naturelle très sensible et protégée.
C’est un petit bourg tranquille niché à deux pas d’Audierne, dans le Finistère sud. Depuis quelques semaines, la commune de Tréguennec et ses quelque 300 âmes se retrouvent au centre d’un important débat autour de la ressource en lithium. Ce métal rare très léger est très recherché pour la conception des batteries notamment dans l’industrie automobile. On en trouve également dans tous nos téléphones et autres objets connectés. Depuis quelques années, la demande mondiale de ce métal alcalin a littéralement explosé, poussant les pays du monde à sonder leurs sols à la recherche de l’or blanc. En 2020, quatre pays se partageaient le gros de la production mondiale : l’Australie qui en a extrait 40.000 tonnes, le Chili, la Chine et l’Argentine.

En France, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’est aussi penché sur la question de son gisement, se basant sur un rapport établi en 2018 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). « La France doit extraire du lithium sur son territoire », expliquait la semaine dernière aux Echos la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. Si le cas de la commune de Tréguennec agite tant le débat, c’est qu’elle a été identifiée comme l’un des plus importants gisements français, estimé à 66.000 tonnes par le BRGM. Depuis ces annonces, les élus du Finistère s’inquiètent et martèlent le même discours. « Tréguennec et le Pays bigouden ne sont pas à vendre. Pas même pour tout l’or blanc du monde. Il n’y aura pas de mines d’extraction ici », tranchait le maire de Tréguennec Stéphane Morel dans une interview accordée au Télégramme.

Lors d’une visite sur le site, la secrétaire d’État à la Biodiversité Bérangère Abba s’était montrée plus « ouverte » évoquant la nécessité de « préciser cette découverte et son ampleur » avant d’envisager un quelconque forage parlant « d’équilibre » à trouver entre respect de l’environnement et intérêt minier. D’après le BRGM, le gisement de lithium se trouverait à 100 m de profondeur au niveau de l’ancienne carrière de Prat-ar-C’hastel. Faut-il envisager une exploitation de cette ressource dans cette réserve naturelle classée Natura 2000 et zone humide d’importance internationale ?

Ce jeudi, la question s’est invitée dans l’hémicycle du conseil régional par la voix de Christian Guyonvarc’h (Union démocratique bretonne). L’élu souhaiterait qu’un « débat réellement démocratique » associant la population soit ouvert. Mais surtout que la région et les collectivités locales soient consultées par l’État sur la question. « Nous ne devons pas céder à la dictature du carbone », s’est empressée de répondre Delphine Alexandre, vice-présidente de la région déléguée à l’eau et la biodiversité qui se dit « extrêmement réservée » sur un projet d’extraction. Interrogé par nos confrères, le président de la région a pris la même voie. « Dans cet espace-là, dans les dix ans, vingt ans, trente ans qui viennent, il ne faut pas y toucher », a fait savoir le socialiste Loïg Chesnais-Girard au Télégramme.

Il faut dire que cette partie du pays bigouden est sauvage et particulièrement fragile. En décembre, le conseil régional avait même créé une réserve naturelle régionale dans le but de protéger les dunes et paluds. « Plus d’un millier d’espèces ont été recensées, dont 25 espèces d’oiseaux considérées comme prioritaires ainsi que de nombreuses espèces végétales », argumente Christian Guyonvarc’h. L’environnement et la biodiversité pourront-ils rivaliser face à l’envolée du prix de l’or blanc ? En un an, son indice a bondi de 350 % selon le Benchmark Mineral Intelligence.

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